Très chers compatriotes,
Le titre de cet article, volontairement provocateur, résonne comme un écho au livre "Google Démocratie" de David Angevin (plus de détails sur l’ouvrage ici).
L’heure est grave.
Au moment où je vous écris, la firme américaine Google est en train de parachever son œuvre. La stratégie déployée depuis toutes ces années par ce qui était au départ une société éditrice de logiciel en ligne, son moteur de recherche, touche à la sublimation :
La domination totale d’Internet. Ni plus, ni moins. Gouvernance.
Chers compatriotes, aurais-je besoin de vous énumérer la longue liste de services fournis gracieusement par la star de Mountain View ? Je vous laisse le soin de vous référer aux notes de bas de page qui vous enverront vers les informations complémentaires.
De la même façon, je ne vous imposerai pas la lecture des innombrables brevets acquis et/ou déposés par ses soins, ni ses multiples rachats d’entreprises, ni le cours de son action en bourse, ni ses actions en justice passées ou présentes...
Non.
Je vous parlerai plutôt de l’avenir "incertain" qui pèse sur le réseau des réseaux.
Maintenant que pratiquement tous les internautes du monde utilisent un ou plusieurs des services en ligne Google, que Google stocke, centralise et agrège nos données personnelles et nos données d’utilisation (avec notre consentement) ; maintenant que les GWT retirent l’accès à certaines informations ; maintenant que nous sommes nus et dépendants de ses services, nous pouvons réaliser l’étendue des dégâts.
Cette société est venue à nous simplement, en présentant un modèle d’outil de recherche en ligne nouveau aussi bien dans le fond que dans sa forme. L’aspect simple voire simpliste de la page d’accueil du moteur ne doit pas faire oublier l’incroyable complexité des mécanismes activés par nos requêtes : plus de 200 paramètres trient les milliards de pages référencées par ses datacenters pour afficher en quelques secondes des liens pertinents à l’internaute.
Cela a pris des années au géant de la côte Ouest des Etats-Unis d’Amérique pour littéralement enregistrer la plus grande partie d’Internet et savoir en extraire une information précise en un clin d’œil. Des années pour affiner les résultats selon des critères toujours approfondis : langue et pays de l’internaute, géolocalisation, et surtout préférences personnelles déduites des pratiques de surf de l’internaute connecté (cf. dashboard).
[Voir un rappel des faits marquants de l’histoire de GG en Post Scriptum. Ce passage se concentre sur les faits stratégiques et techniques qui selon moi ont amené la situation de monopole actuelle, grâce aux bonnes décisions prises au bons moments. Mon recueil de faits ne fait pas du tout état du storytelling propre aux grandes marques ou aux pouvoirs.]
Bien entendu, tout cela ne parlera pas à tout le monde, je n’ai retenu que les faits qui me paraissent le plus intéressants pour cet article. Des faits qui permettent de comprendre que Google s’est bâti sur le web, mais aussi dans le web, puisque la société est parvenue à tous les niveaux d’accès et d’utilisation du web : en proposant des outils, en proposant des services, en proposant des applications, aux particuliers, aux entreprises, aux gouvernements, aux grandes écoles, aux simples internautes, aux annonceurs, aux professionnels du web...
En créant ou en rachetant outils/services/applications, la société s’est affranchie au maximum de besoins externalisés. En créant son écosystème sur un modèle unique (Google a pratiqué une politique agressive d’acquisition, d’investissement, de recherche et développement, de partenariats etc), en se rendant indispensable auprès de chacun, quel que soit son niveau, son besoin, son pays, du moment qu’il s’agit d’une personne connectée, l’entreprise a assurée une mainmise tentaculaire sur l’information en ligne et/ou stockée.
Et aujourd’hui, une page se tourne dans l’histoire du SEO...
Après avoir proposé aux webmasters de placer ses propres outils (ex Urchin) de tracking sur les sites qu’ils publiaient, aux entreprises d’augmenter leur retour sur investissement en analysant les données de leurs internautes (Analytics), d’assurer un visitorat qualifié en achetant des campagnes d’achat de mots-clés (adwords), mais aussi dans l’autre sens en redistribuant des revenus publicitaires aux éditeurs de sites (adsense), la firme a eu accès à l’envers du décor sur la majeure partie du web : des données inestimables (surtout à l’heure de la privauté des données, la réputation numérique, l’intelligence économique, etc) sur les habitudes des internautes, leurs façons de chercher de l’information, de se faire une estimation des sites (taux de rebond), de distinguer les termes et les pratiques les plus efficaces (tendance de mots-clé, suggestions, auto-complétion, termes de recherches...)
Google s’est ainsi faite juge et partie. Redistribuant une partie (via adsense) des revenus publicitaires réalisés en publiant sur des milliards de sites mis à sa disposition comme espaces d’annonces contre rémunération (via adwords), la société a tout le loisir de collecter, étudier, analyser des terraflops de données comportementales.
Depuis quelques jours un des critères historique utilisé dans son algorithme de tri a été pondéré. Montré du doigt la première fois en 2005, le Google Bombing, bien que filtré lorsque trop grossier, n’avait jamais été vraiment éradiqué, cf http://fr.wikipedia.org/wiki/Bombardement_Google
Or il semblerait bien que ce soit sur cette base que la firme ait travaillé avec sa dernière mise à jour Panda 3.5 et son algorithme antispam.
Des milliards de liens, artificiellement créés par des milliers d’éditeurs de sites web cherchant à mieux se positionner sur les pages de résultats des moteurs de recherche, s’avèrent aujourd’hui de moins en moins efficaces alors que la "mise à jour de Google" opère.
Historiquement, depuis plus de 10 ans, c’était un des maillons faibles exploité par une grande partie d’internautes acteurs du web, qu’ils soient blogueurs, webmasters en entreprise ou prestataires indépendants, à partir de l’instant où de l’argent est en jeu (revenus publicitaires, acquisition de trafic se convertissant par une augmentation des ventes, systèmes d’affiliations, de commissions, etc).
Cette modification de l’algorithme de tri est donc une révolution qui bouleverse les classements de sites. Certains, qui savaient qu’ils jouaient avec le feu, ont peut-être eu le temps de s’y préparer, tandis que d’autres vont sans doute avoir du mal à s’en remettre. Enfin, ceux qui restaient en dehors de l’exploitation de cette faiblesse voient principalement d’un bon œil les nouveaux tris de résultats, allégés de nombreuses pages mises au rebut par le moteur.
Il en résulte depuis quelques jours une frénésie sur la Toile mondiale. Chacun vérifie puis re-vérifie les positions de son/ses site(s) dans les serps, puis les positions des sites clients en croisant les doigts. Ceux qui n’ont pas pris de précaution risquent de devoir livrer des explications : en effet, si le site du client a plongé dans les fonds abyssaux des serps, pourquoi les sites de certains de ses concurrents ont eux pris les premières places ?
Beaucoup essaient de dresser des conclusions techniques en se livrant à des tests, des analyses ou des rapports à mi-parcours, tentant de trouver la cause de tout ce chambardement afin de mieux la contourner.
Ce n’est pas à ce genre d’exercice que je me livre.
Je pense que la sur-optimisation des pages et surtout des liens est une cause majeure, mais parmi d’autres. Mais finalement, peu m’importe la raison technique.
Aujourd’hui, chers concitoyens, Google a fait un grand pas pour son modèle d’affaires.
Business is Business !
Avec la mise en avant du critère qualitatif comme raison primordiale d’acquisition de visiteurs (Google, dans son storytelling de guidelines qui colle au web de 1998, laisse les éditeurs de sites se débrouiller avec le fait qu’ils ne doivent faire que des liens naturels), l’équipe Qualité prêche une vision quelque peu romantique et idéaliste.
[En effet, si un grand ménage est bien en train d’être réalisé, il restera néanmoins des milliards de pages sur tous les sujets donnés, et il faudra bien choisir un classement parmi tous les sites intéressants, bien faits, attractifs, apportant une vraie plus-value à l’internaute, dont le temps de chargement des pages est optimisé, etc.]
Ce qui n’est de toutes façons pas important, puisque tous les sites déclassés par l’algorithme pourront investir l’argent (autrefois placé en dehors de l’écosystème GG, dans des actions de référencement réalisées par des experts SEO par exemple) dans des campagnes d’achat de mots-clés, encore par exemple.
Je ne juge pas, je ne critique pas, je constate les faits : une page de l’histoire du web, et des métiers du web, est en train de se tourner.
Cette page se tournera AVEC Google. Quoiqu’en pensent les hacktivistes ou indépendantistes du web défenseurs de solutions alternatives (moteurs de recherche alternatifs à Google, outils et services open source alternatifs à Analytics, au stockage en ligne comme Google Drive, alternatifs à l’univers google...), il est déjà trop tard pour faire machine arrière et apprendre à utiliser d’autres outils.
Quant au reste, la firme est trop puissante et sait faire appel à toutes les meilleures ressources possibles pour se protéger d’éventuelles attaques, de tous bords (informatiques, politiques, économiques, etc) cf. http://www.weblife.fr/actus/faille-...
Bien sûr, tout cela dépasse complètement l’internaute lambda. C’est invisible pour cet utilisateur du web, qui remarquera peut-être des améliorations dans les classements.
Mais c’est révolutionnaire pour les travailleurs du net...
La firme Google a gagné toutes les batailles.
Une voix royale s’ouvre devant elle. Le Futur du web.